Dani Navarro protagonista en el diario L’Equipe

Daniel Navarro : ” Contador, le plus fort psychologiquement “

De notre envoyé spécial

Samedi 12 juillet 2014

DANI NAVARRO, le grimpeur de Cofidis, est convaincu qu’Alberto Contador, son ancien leader, ne jettera pas les armes facilement. Et il se verrait bien courir à nouveau à ses côtés.

D ani Navarro traîne la patte. Jeudi, au cours de l’étape menant vers Reims, le coureur espagnol de l’équipe Cofidis est allé à terre. Hier, le cuir éraflé et les courbatures vivaces, il a préféré se montrer prudent pour éviter à nouveau la chute. « J’ai bien fait, dit-il. Il y a encore eu de la casse aujourd’hui. » En regagnant sa chambre de l’hôtel Ibis à Houdemont, dans la banlieue sud de Nancy, l’Asturian a croisé le Madrilène Alberto Contador, son ami et ancien coéquipier chez Liberty Seguros, Astana et Saxo Bank. Contador s’est enquis des blessures de son pote. Ils ont parlé du Tour, des ambitions de chacun. Dani ­Navarro veut gagner une étape et Contador le général. Entre eux, la ­rivalité n’a jamais existé.

« VOUS CONNAISSEZ très bien Alberto Contador, comment le trouvez-vous depuis le départ de ce Tour ?

– Il me semble qu’il est en grande condition et il l’a déjà prouvé cette saison. Il est là pour gagner le Tour et il va tout faire pour ça. C’est un guerrier comme il en existe peu ou pas. Pour l’instant, il a perdu du temps sur Nibali (2’37”), mais il ne lâchera rien.

Pourtant Nibali semble très fort…

– Plus que Nibali, c’est toute l’équipe Astana qui impressionne. Mais Alberto a lui aussi un collectif solide à son service. Le spectacle risque d’être garanti jusqu’à la fin.

Qu’est-ce qui vous a toujours impressionné chez Alberto Contador ?

– C’est le coureur le plus fort mentalement que j’aie jamais connu. Il a un don unique qui fait que lorsqu’il est mal, qu’il souffre, rien ne transpire. Il est capable de repousser la souffrance au-delà des limites classiques.

L’avez-vous vu douter un jour ?

– Personne ne l’a jamais vu douter, même s’il est sûr qu’il a eu parfois des moments de doute. Physiquement, il est l’un des plus forts du monde et psychologiquement il est le plus fort.

Et vous, comment se passe votre début de Tour ?

– Pour l’instant, je n’ai pas été épargné par les chutes et j’ai préféré lever le pied car c’est déjà une première semaine très difficile. Cette année, j’ai décidé de me concentrer sur les victoires d’étape et non plus sur le général. J’ai fait un top 10 l’an dernier (9e) et j’ai décidé de tenter autre chose.

«  C’EST EN TRAVAILLANT POUR UN LEADER QUE J’AI CONNU LES PLUS GRANDES JOIES »

Votre objectif n’est donc pas de viser une place au général…

– Disons que ma neuvième place n’a pas apporté grand-chose. J’ai eu quelques retombées en Espagne mais en France c’est passé plutôt inaperçu. Or, Cofidis est une équipe française et l’important c’est d’obtenir des victoires sur le Tour. C’est pourquoi j’ai décidé de privilégier cette option cette année. Je pense qu’il y a suffisamment de terrain d’ici à l’arrivée à Paris pour pouvoir s’exprimer. Je vais peut-être juste attendre un peu que les plaies se referment pour me glisser dans les échappées.

Votre contrat avec Cofidis se termine à la fin de la saison. Avez-vous déjà une idée de ce que vous ferez ensuite ?

– Il est vrai que j’ai des propositions, pas des milliers non plus, mais notamment une émanant d’une équipe World Tour, sans oublier que les dirigeants de Cofidis ont l’air de vouloir me garder. Je suis en train d’étudier les différents choix qui se présentent à moi.

Avec l’ambition de garder un statut de leader ?

– Cette possibilité existe. En fait, je m’adapte à toutes les situations et ça ne m’a jamais dérangé de travailler pour un leader.

Pourtant, à un moment vous avez quitté l’équipe de Contador pour prendre des responsabilités au sein d’une autre formation….

– À ce moment-là, j’avais besoin de m’aérer un peu l’esprit. J’avais passé beaucoup de temps à travailler pour les autres et je ressentais l’envie de connaître autre chose. Cofidis m’offrait cette opportunité. Il est vrai aussi que Saxo Bank pouvait me garder mais en réduisant de façon considérable mon salaire.

Quel a été le plus gros changement pour vous lorsque vous êtes passé de Saxo Bank à Cofidis ?

– Il a fallu que je me mette au français (rires). Sérieusement, je quittais une grosse structure du World Tour, avec de grands objectifs sur les grands Tours, pour une équipe plus modeste mais qui avait aussi des ambitions. Je n’avais plus à me taper de longs voyages jusqu’en Australie, en Chine ou au Japon et ça me convenait parfaitement. Je me sentais plus dans mon élément.

Regrettez-vous d’avoir quitté l’équipe Saxo Bank ?

– Non, pas véritablement. En deux ans, je pense avoir obtenu quelques bons résultats pour l’équipe Cofidis sans jamais avoir eu la moindre expérience en tant que leader. Franchement, aujourd’hui, si Alberto m’appelle, je reviens sans problème.

Est-ce une possibilité ?

– Tout est possible. Je serais à nouveau enchanté de travailler pour Alberto Contador. Faire le boulot pour lui m’a toujours plu. En fait, je suis vraiment heureux de jouer le gregario. J’ai fait ça pendant une grande partie de ma carrière et c’est en travaillant pour un leader que j’ai connu les plus grandes joies.

Pour vous, c’est donc plus gratifiant de jouer les équipiers que d’avoir des ambitions personnelles ?

– Les deux présentent des aspects sympathiques. Mais il est vrai que lorsqu’on a eu la chance de courir aux côtés d’un coureur comme Alberto Contador, on avait presque la garantie qu’à 90 % la victoire était au bout. Bien sûr que c’est gratifiant de voir son leader gagner et de savoir qu’on a contribué à cette victoire.  »

MANUEL MARTINEZ

Publicación en el Diario L’Equipe: http://www.lequipe.fr/Cyclisme/Article/Daniel-navarro-contador-le-plus-fort-psychologiquement/23439